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Avis de la Cgt sur l’usine du futur

lundi 13 octobre 2014
Par Bruno BOUVIER

La CGT se veut partie prenante de tout débat, de toute initiative sur les enjeux industriels dans la mesure où ces débats et initiatives s’effectuent dans une démarche de controverse, de confrontation.

Il convient donc de saluer le travail de la Section Prospective et de soutenir sa proposition de la tenue d’une Conférence Economique et Sociale Régionale autour de l’enjeu "usine du futur".

Depuis les Etats Généraux de l’Industrie fin 2009 – début 2010, force est de constater que notre pays et notre région continuent de perdre de très nombreux emplois industriels, que des usines ferment ou se restructurent, que des pans entiers d’activités peuvent disparaitre définitivement de notre région.

Les activités papetières, la chimie de base, par exemple, sont autant de secteurs hier structurant en Rhône-Alpes, aujourd’hui particulièrement menacés.

Il faut donc réaffirmer un premier enjeu central. On ne construit pas l’usine du futur sur des ruines industrielles. Une activité qui disparait est une activité définitivement perdue. Cet aspect n’apparait pas dans la contribution de la Section Prospective. Il nous semble pourtant déterminant et pose au fond, toute la problématique de l’anticipation des mutations, sujet cher à notre organisation.

Construire l’usine du futur, se redonner de nouvelles perspectives pour une ambition industrielle en France et en Europe supposent de sortir définitivement des choix stratégiques en cours depuis trois décennies qui nous ont conduit à la situation d’aujourd’hui.

Il faut changer de logique, changer de stratégie et donc changer les décideurs.

C’est le deuxième point manquant de l’avis proposé "qui décide ?". On ne peut pas se contenter du partage de l’information, il faut modifier profondément les règles de décisions. Quels droits nouveaux pour se sortir du diktat des actionnaires ? Quelle capacité des salariés et de leurs représentants pour peser sur les choix ? Quelle place pour une intervention publique au sein des entreprises qui interviennent dans les domaines stratégiques ?

Autant de questions centrales qui touchent à la démocratie sociale, à la notion d’intérêt général, à la primauté du social pour toute décision stratégique.

Le dossier ALSTHOM qui fait l’actualité ces dernières semaines est emblématique de toutes ces dimensions. Les salariés, les organisations syndicales ont découvert par les médias les évolutions structurelles de ce groupe industriel.

Le Gouvernement également semble-t-il, alors que nous sommes sur des activités stratégiques qui dépendent pour l’essentiel de la commande publique.

Que dire enfin de ces grands groupes tel HP – ARKEMA – SANOFY (très implantés dans notre région), qui cèdent à l’euro symbolique des activités pas assez rentables à des prédateurs. Charge à ceux-ci de faire le sale boulot tel que nous avons pu le constater à SEMINA – SPIREL ou KEM’ONE.

L’usine du futur ne se construira pas sans bougées significatives et radicales en terme de choix stratégiques.

Les réflexions sur l’usine du futur de la Section Prospective évoquent beaucoup de domaines intéressants. A défaut de tous les traiter dans cette intervention, je concentrerais mon propos sur un seul d’entre eux : la dimension sociale que nous n’abordons au fond que très rarement dans notre CESER et les conditions de travail.

L’usine du futur doit placer l’homme au cœur nous indique l’avis. L’avis considère d’ailleurs qu’il s’agit de l’enjeu premier.

Nous sommes bien évidemment en accord avec cette affirmation mais cela suppose de partir du réel, du concret, pour répondre à cet objectif.

Les salariés et notamment ceux de l’industrie veulent "un travail bien fait" selon la formule d’Yves CLOT. Or nous sommes dans une logique de low-cost économique avec la baisse du coût du travail.

Cette logique entraine une distance de plus en plus grande des salariés, dans leur engagement professionnel.

Cette logique se concrétise par une précarisation magistrale.

Cette logique s’accompagne d’un mal être au travail accentué par la démarche du lean qui se généralise.

Enfin, les statuts, conventions collectives qui ont été de formidables avancées sociales voici quelques décennies doivent être réinterrogés, modifiés, améliorés pour garantir un statut social, des garanties pour tous les salariés.

L’usine du futur doit donc pleinement se conjuguer avec une transformation profonde du travail.

Le travail peut et doit devenir source d’émancipation. Aujourd’hui, il est de plus en plus synonyme de souffrance.

Pour notre organisation syndicale, la CGT, ce débat sur l’usine du futur nous conforte dans une double certitude :
-  La démocratie, la citoyenneté doivent rentrer enfin à l’entreprise
-  La contradiction capital / travail demeure déterminante.
L’usine du future sera, n’en doutons pas, le résultat d’un affrontement sur ces deux dimensions.