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3 questions à Christine Canale

mercredi 13 juin 2012, par Christine CANALE, Karine Guichard

Le secteur de l’aide à domicile a été présenté pendant longtemps comme un secteur en plein développement, un gisement d’emplois d’avenir. Or, la manifestation du 6 juin 2012 à Lyon a mis en lumière les contradictions de ce secteur entre besoins importants, financements insuffisants et difficultés des salariés.

Le sec­teur de l’aide à la per­sonne est confronté à une forte crise des finan­ce­ments. Peux-tu nous en expli­quer les rai­sons ?

Entre les dépar­te­ments de Rhône Alpes il existe une grande iné­ga­lité de tari­fi­ca­tion des conseils géné­raux allant de 17,85 à 26,91 euros de l’heure ce qui n’est pas sans consé­quen­ces sur le statut des sala­riées ( fai­blesse des rému­né­ra­tions, non reconnais­sance de la pro­fes­sion­na­li­sa­tion, temps incom­plets et pré­ca­rité…) et sur l’avenir économique des asso­cia­tions, beau­coup d’entre elles sont en résul­tats néga­tifs. Pour illus­trer davan­tage, on a pour habi­tude de dire que dès la pre­mière heure tra­vaillée cela génère du défi­cit !!! S’agis­sant du 2ème finan­ceur qu’est la Caisse d’Assurance Retraite et de la Santé au Travail (CARSAT), là aussi res­tric­tion bud­gé­taire au vu de l’explo­sion de l’enve­loppe de l’action sociale qui passe de 30 Millions à 39 Millions. Sur injonc­tion de la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse (CNAV) de reve­nir dans le budget ini­tial, la CARSAT res­treint et sup­prime les plans d’aide aux per­son­nes âgées.

Dans les faits, c’est tou­jours la même solu­tion qui est rete­nue … ges­tion de la res­tric­tion bud­gé­taire par des coupes som­bres dans les dépen­ses.

Alors que les besoins sociaux explo­sent, la demande de plus en plus forte, le finan­ce­ment n’est pas au rendez-vous de cet enjeu de société qu’est la réponse sociale à la perte d’auto­no­mie, sans comp­ter que le sec­teur de l’aide à domi­cile est un atout économique en région RA vu le nom­bres de struc­tu­res et d’emplois.

Que repré­sente le sec­teur de l’aide à domi­cile en termes d’emplois ?

En région c’est 25 000 à 26 000 sala­riés.

Les struc­tu­ra­tions de l’offre sont très dis­pa­ra­tes, avec de gros employeurs, par­fois même le pre­mier employeur du dépar­te­ment.

Dans le Rhône pré­do­mi­nance de l’offre privée, dans l’Ain la moitié des sala­riés sont dans une seule struc­ture asso­cia­tive, en Haute-Savoie il n’y a pas de struc­tu­res infé­rieu­res à 300 sala­riées, en Savoie c’est l’offre publi­que qui pré­do­mine, en Isère et en Ardèche ¼ des sala­riés se retrou­vent dans une seule struc­ture asso­cia­tive, la Drôme c’est 1/3 des sala­riés dans une seule struc­ture mutua­liste tout comme dans la Loire mais dans une struc­ture asso­cia­tive.

L’emploi est à 98 % fémi­nin, le temps par­tiel érigé comme norme, le tra­vail est poly­ac­ti­vité avec des horai­res ins­ta­bles , des tâches indi­vi­dua­li­sées, des condi­tions de tra­vail dégra­dées, des ris­ques pro­fes­sion­nels élevés, le métier souf­fre d’une non reconnais­sance des qua­li­fi­ca­tions… Les sala­riées sont niées, elles devien­nent invi­si­bles comme l’atteste une cam­pa­gne publi­ci­taire lancée dans le cadre du plan Borloo, l’humain dis­pa­rait au profit de l’iden­ti­fi­ca­tion de « pro­duits », bon­jour l’indus­tria­li­sa­tion !!!

La Cgt s’inves­tit beau­coup dans l’aide à domi­cile, peux-tu nous expli­quer les enjeux pour le syn­di­ca­lisme ?

Ce sec­teur est un enjeu pour l’avenir de notre syn­di­ca­lisme !!! Comme vous pouvez le cons­ta­ter les reven­di­ca­tions ne man­quent pas et leur négo­cia­tion néces­site l’inter­ven­tion syn­di­cale à plu­sieurs niveaux : natio­na­le­ment on l’a vu avec la conven­tion col­lec­tive unique, à l’entre­prise bien sûr , mais le face à face tra­di­tion­nel avec l’employeur est quel­que peu bous­culé par le fait que les pou­voirs publics et les finan­ceurs jouent un rôle déter­mi­nant dans les finan­ce­ments et la struc­tu­ra­tion de l’offre.

C’est dans ces consi­dé­ra­tions que depuis plu­sieurs années, la Cgt Rhône Alpes avec les sala­riées et syn­di­quées du sec­teur inter­vien­nent syn­di­ca­le­ment à tous les niveaux où on peut faire bouger des lignes. Comme d’ailleurs nous venons de le faire, avec la for­mi­da­ble mobi­li­sa­tion du 5 juin à la Carsat pour réta­blir le finan­ce­ment néces­saire au main­tien des pres­ta­tions pour les béné­fi­ciai­res. Et ainsi en sécu­ri­sant les finan­ce­ments, c’est aussi l’emploi que nous sécu­ri­sons ! C’est cohé­rent avec notre ambi­tion de porter le statut du tra­vail sala­rié et la sécu­rité sociale pro­fes­sion­nelle. Pour ce faire, il va bien fal­loir s’occu­per du sala­riat le plus pré­caire, le plus fra­gi­lisé . C’est ce à quoi nous nous atta­chons depuis 2006, avec le col­lec­tif régio­nal cgt des aides à domi­ci­les.

Dernier élément et pas des moin­dres, la Cgt pro­gresse aux élections du per­son­nel et des CE dans les Associations, elle se ren­force de par­tout, elle orga­nise de plus en plus d’asso­cia­tions et désor­mais on peut dire que la Cgt est pré­sente dans tous les dépar­te­ments. C’est plu­sieurs cen­tai­nes de syn­di­quées qui s’orga­ni­sent Cgt et trou­vent les formes d’orga­ni­sa­tions qui leur convien­nent « notion de mise en réseau, syn­di­cats dépar­te­men­taux de l’aide à domi­cile, « tout ça c’est de bonne augure en pré­vi­sion des élections TPE en novem­bre 2012, notam­ment pour aller à la ren­contre des sala­riées de l’aide à domi­cile du par­ti­cu­lier employeur.

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