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Désillusion chez Arkema

lundi 27 février 2012, par Olivier Perriraz

Depuis le 23 novembre, la CGT des industries chimiques est mobilisée avec les salariés sur la cession à l’euro symbolique du pôle Vinylique d’Arkema. L’unique but du chimiste français réside dans la rentabilité financière immédiate sans aucune garantie fiable pour l’avenir des emplois avec un tour de passe-passe pour sous-traiter un éventuel plan social qui ne dit pas son nom.

Article publié dans la Nouvelle Vie Ouvrière du 24 février 2012

Amarante, c’est le nom choi­sit par le groupe chi­mi­que Arkema pour la future entre­prise des acti­vi­tés de son pôle viny­li­que. C’est également le petit nom d’un colo­rant ali­men­taire (E123) pour­pre de son état et mal­heu­reu­se­ment hau­te­ment can­cé­ri­gène, aller­gi­sant et inter­dit dans la plu­part des pays occi­den­taux, sauf en France. Les deux noms ne sont certes point liés, mais les sala­riés du fameux pôle viny­li­que, qui élaborent notam­ment les pro­duits PVC d’Arkema en appré­cie­ront sans doute le sym­bole toxi­que.

Si l’on en juge par l’inten­sité des mou­ve­ments de colère du per­son­nel, du 2 février der­nier, jour de l’annonce offi­cielle en comité cen­tral d’entre­prise de la vente de ces acti­vi­tés, cette Amarante ne passe visi­ble­ment pas dans les usines. Le terme de vente n’est d’ailleurs pas vrai­ment appro­prié puis­que c’est pour le mon­tant de l’euro sym­bo­li­que que le fond d’inves­tis­se­ments amé­ri­cain Klesch Group, dont le siège social est à Genève en Suisse, fera l’acqui­si­tion de 2637 sala­riés, de 22 sites indus­triels dont 10 en France et de 12% du chif­fre d’affai­res d’Arkema. JPEG

Le chi­miste fran­çais dont le résul­tat net a doublé dans le pre­mier semes­tre 2011 pour attein­dre 335 mil­lions d’euros, se paye même le luxe de verser à ce repre­neur finan­cier une enve­loppe de 100 mil­lions d’euros en guise de tré­so­re­rie, sans que ce der­nier n’ait à pâtir de la dette de 470 mil­lions d’euros qu’Arkema conser­vera.

La colère des sala­riés ne cesse de s’expri­mer depuis le 23 novem­bre lors­que le PDG d’Arkema a fait connaî­tre les inten­tions de ses action­nai­res. Et pour cause, dès cette infor­ma­tion connue la cota­tion en bourse a bondi de 17%, alors que les véri­ta­bles moti­va­tions du groupe Arkema sont d’attein­dre les objec­tifs finan­ciers prévus pour 2015 en 2012. Autrement dit le profit immé­diat sans autre ambi­tion, vaut mieux qu’une stra­té­gie indus­trielle à long terme alors que le chi­miste fran­çais annonce au même moment un chif­fre d’affai­res en hausse de 20% qui atteint en début d’année 2011 la baga­telle de 3,5 mil­liards d’euros (les Echos).

« … Les seules mai­gres infor­ma­tions qui sont dis­til­lées aux per­son­nels, le sont par les direc­tions d’établissement qui, vous devez le savoir, ont les pires dif­fi­cultés à relayer l’enthou­siasme de votre cour­riel du 23 novem­bre 2011. » Ont signalé les délé­gués CGT au Pdg du groupe Thierry Le Henaff dans un cour­rier signé de la coor­di­na­tion syn­di­cale.

JPEG Quand au repre­neur, qui n’est pas un indus­triel, sa sul­fu­reuse répu­ta­tion le pré­cède. C’est le même qui reprit en 1998 la marque de chaus­su­res et les maga­sins Myrys et dont les 180 sala­riés firent l’amère expé­rience d’une faillite suivit des licen­cie­ments de la tota­lité du per­son­nel. Financier touche-à-tout, dont les inves­tis­se­ments se concen­trent dans des domai­nes tota­le­ment dis­pa­ra­tes, tels que le sto­ckage, l’alu­mi­nium, le pétrole et le gaz où encore la chimie et la logis­ti­que ; Klesch Group se dis­tin­gue également par une série de « cas­se­ro­les » liées à des noms d’entre­pri­ses dont les actua­li­tés finan­ciè­res ont émaillées les années 90. On trouve ainsi des dos­siers comme ; Eurotunnel, Quadrex hol­dings société qui fut dis­soute en 1999, Euro Disney, ou encore la com­pa­gnie fer­ro­viaire amé­ri­caine Penn Central qui a fait faillite.

Devant le manque d’infor­ma­tions cré­di­bles don­nées aux repré­sen­tants du per­son­nel par Arkema, la CGT a réagi ;

« Votre cour­riel aux sala­riés vante les exem­ples réus­sis de rachats de socié­tés dans un passé récent par mon­sieur Klesch » s’adres­sent ainsi les délé­gués CGT au Pdg d’Arkema ;

« En Allemagne où mon­sieur Klesch pos­sède une raf­fi­ne­rie qui vient d’annon­cer une réduc­tion de 15% des effec­tifs, nous avons eu des échanges avec les orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les […] nous nous sommes rendus aux Pays-Bas pour écouter les sala­riés, aujourd’hui sans emploi, de la fon­de­rie d’alu­mi­nium de Vlissingen, appar­te­nant à mon­sieur Klesch. Rien, nous n’avons trouvé aucun des exem­ples aux­quels vous fai­siez réfé­rence dans votre cour­riel ! Au contraire, tel Attila, mon­sieur Klesch n’a semé que dif­fi­cultés dans le meilleur des cas, ou misère sociale parmi les sala­riés employés dans les socié­tés lui appar­te­nant ou lui ayant appar­te­nues » affir­ment les syn­di­ca­lis­tes.

JPEG A ce manque pro­bant de garan­ties de péren­nité des emplois, s’ajoute en plus le sen­ti­ment d’humi­lia­tion de sala­riés ainsi cédés pour l’euro sym­bo­li­que. Si l’on ajoute à cela que la direc­tion de la future entre­prise Amarante est rigou­reu­se­ment la même que l’actuel pôle viny­li­que, il y a de quoi sérieu­se­ment inquié­ter les sala­riés puis­que, Thierry Le Henaff s’adres­sant au per­son­nel jugea utile de pré­ci­ser que cette équipe, basée à Lyon a échoué à tenir les objec­tifs qui furent fixés par la direc­tion du groupe. Autrement dit on ne change pas une équipe qui perd !

Les fameux objec­tifs ne sont évidemment réfé­ren­cés que sur la période la plus récente, où en effet l’acti­vité viny­li­que est passée de 25 à 12 % des pro­duc­tions d’Arkema ces der­niè­res années. Or, en 2008 le bilan d’Arkema fai­sait état d’un chif­fre d’affai­res de 1,45 mil­liards d’euros ce qui repré­sen­tait tout de même 26% de la tota­lité du groupe et alors que la pro­gres­sion était cons­tante depuis 2006. 58% du chif­fre d’affai­res du groupe était alors réa­lisé sur le seul ter­ri­toire euro­péen et dans son bilan 2008, la direc­tion du groupe se féli­ci­tait d’être ainsi parmi les pre­miers du sec­teur allant même jusqu’à saluer les équipes ; « la qua­lité de ses équipes qui ont démon­tré leur capa­cité à gérer avec succès des pro­jets indus­triels com­plexes et à mener des restruc­tu­ra­tions ren­dues néces­sai­res par le retard de com­pé­ti­ti­vité qui exis­tait dans cer­tains métiers. Enfin, le Groupe peut comp­ter sur des col­la­bo­ra­teurs dont la loyauté, le pro­fes­sion­na­lisme et l’expé­rience sont reconnus. » Précisait dans son bilan 2008 la direc­tion.

En moins de trois ans tout se serait ainsi écroulé. En Europe peut-être, mais cer­tai­ne­ment pas par­tout puis­que de nou­vel­les unités chi­noi­ses inau­gu­rées en 2007 ont rapi­de­ment pro­gres­sées et même dou­blées le pre­mier semes­tre 2008, alors que dans le même temps Arkema étudiait l’oppor­tu­nité de nou­vel­les ins­tal­la­tions au Qatar. Précisons d’ailleurs que lors­que le groupe inves­tis­sait dans d’autres par­ties du monde, les sites euro­péens et notam­ment fran­çais comme à Saint-Auban (04), à Jarrie (38) ou à Saint-Fons (69) per­daient des acti­vi­tés par des fer­me­tu­res d’ate­liers. C’est ainsi que le groupe annon­çait à l’époque un inves­tis­se­ment global, mais limité, compte tenu de la crise, de l’ordre de 270 mil­lions, mais avec un effort par­ti­cu­lier sur l’Asie pour 50 mil­lions. De là à en tirer l’idée d’une délo­ca­li­sa­tion par­tielle qui ne dit pas son nom, il n’y a qu’un pas.

Il faudra désor­mais que le nou­veau pro­prié­taire des acti­vi­tés euro­péenne du pôle viny­li­que expli­que com­ment il s’y pren­dra pour ren­ta­bi­li­ser un sec­teur réduit en moins de trois ans à un équilibre aussi pré­caire ? Les repré­sen­tants de la CGT des indus­tries chi­mi­ques ont de quoi s’inquié­ter face à une stra­té­gie finan­cière à court terme dont a l’habi­tude un fond d’inves­tis­se­ments comme Klesch Group. Un véri­ta­ble scan­dale indus­triel en pers­pec­tive.

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