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Roanne, l’acte militant accusé...et condamné

mardi 4 octobre 2011
Par Olivier Perriraz

Le 13 septembre dernier à Roanne, cinq militants CGT ont été traduits devant le tribunal correctionnel pour avoir voulu défendre, à l’aide de tags, le droit à la retraite en marge d’une manifestation de l’année dernière. Malgré le retrait des plaintes, la procédure continue de manière totalement disproportionnée, pendant que les affaires d’Etat bien plus graves éclatent au grand jour. (article paru dans la NVO du 23septembre 2011)

Dans la salle d’audience, pleine à craquer l’atmosphère est pesante et silencieuse. Le public est quasiment acquit à la cause des cinq militants CGT assis au premier rang. Ils sont nerveux, tendus avec un regard un peu perdu qui semble dire, « qu’est ce je fous là ! ». Après avoir expédié les affaires courantes, les renvois de procédures pour des conflits de voisinage ou de disputes sur la voie publique, le juge lance les débats. Les cinq militants CGT et le public de l’audience ne sont là que sur la volonté d’un seul homme. Le procureur de la République qui a décidé de poursuivre la procédure malgré les retraits de plaintes du Préfet de la Loire et du député de la circonscription. Le procureur se réfugie derrière l’institution, la justice qui ne peut pas revenir en arrière comme il le dit lui-même.

La justice qui ne se trompe jamais, la justice qui ne traite que des faits, jamais des circonstances. Le réquisitoire sera sans concession d’aucune sorte. Le caractère exceptionnel de la lutte contre la réforme des retraites n’est pas évoqué. C’est pourtant le fond de l’affaire. C’est pourtant pour défendre les acquis du peuple qu’ils ont commis leurs crimes. Quelques inscriptions sur le bitume et sur le mur d’enceinte de la sous-préfecture. Outrage et dégradations !

Outrage d’abord envers le député de la circonscription qui s’apprêtait à voter une loi contestée par le pays tout entier, qui n’a pas apprécié d’être traité de voyou, de fossoyeur des retraites ou encore qui a subit la petite phrase pourtant prononcée par son président de la République : « casse toi pauv’con ! ».

Dégradations ensuite, pour quelques tags que personne n’a vus. Ils ont été nettoyés dans les minutes qui ont suivit l’interpellation des cinq militants entre cinq et six heures du matin ce jour de manifestation. Les termes du crime ? Dommages légers et outrage pour des écrits non rendus public.

Pour cela, le procureur n’a pas hésité et demandé un mois de prison avec sursis. C’est sévère, très sévère c’est même disproportionné. L’avocate des cinq militants, devenu pour le temps d’un réquisitoire de dangereux délinquants, ne manquera pas de le relever. Elle démontera méthodiquement tous les arguments de l’accusation. Reviendra sur le droit de manifester. Certes, le respect de la loi n’est pas négociable, mais la constitution française non plus. Avec habileté maître Karine Thiebault du cabinet lyonnais Mazanovic reviendra sur les grandes luttes sociales qui ont fait reculer des Gouvernement, comme le CPE par exemple.

Jean-Paul, Christian, Gérald, Cristel et Didier sont comme des milliers d’autres militants qui cherchent à défendre leurs acquis, devenus des droits avec les moyens du bord et face à des politiques sourdes et aveugles. Ce jour-là, - la jeune avocate comme les centaines de personnes présentent devant le tribunal - a demandé la relaxe, en précisant qu’une inscription au casier judiciaire de ces cinq salariés de la fonction publique aurait de graves conséquences pour leurs emplois. Elle a dénoncé le détournement des textes de loi précisant que ce que l’on veut poursuivre ici n’est que la signification de l’attitude alors que le droit pénal s’interprète strictement.

Ce jour-là, il y avait foule à Roanne. Le comité de soutien mis en place a recueilli plus de 7000 signatures sur la pétition. Ce jour-là, il y avait également dans toutes les têtes d’autres procès qui ne sont jamais instruits pour des affaires rendues publiques où le parfum de la corruption se mêle au cynisme des élites de ce pays. La République exige de la morale à école alors qu’elle en manque singulièrement depuis plus de quatre ans. Ce jour-là à Roanne, la morale humaine et la défense du bien public étaient traduites en justice comme de vulgaires délinquants. La criminalisation de l’acte militant fut ici révélée, n’en déplaise au procureur de la République.

Cette criminalisation a été mise en délibérée pour le 27 septembre à 13h00 au palais de justice de Roanne. Soyons-y !

Les cinq de Roanne ont été relaxés de l’accusation d’outrage, mais condamnés à 2000 euros d’amende par personne pour dégradation avec une inscription au casier judiciaire.

L’ injustice est ainsi passée, sans plainte, sans dégat public mais avec une brutalité sournoise. La suite ? C’est, pour ces cinq militants une humiliation à vivre au quotidien et surtout comme pour beaucoup de citoyens un manque de confiance dans le système de la justice républicaine. Aux corrompus, ancien président de la République, Ministres ou chef de parti, la relaxe, aux militants, la condamnation. Il y a vraiment quelque chose de pourri dans notre société.

Une solidarité financière est en place et relayée par le comité de soutien.


Voir en ligne : pour plus d’info : site internet de l’UL de Roanne