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Les pratiques culturelles et sportives face au numérique

mardi 12 novembre 2019
Par Karine Guichard

La Cgt s’est exprimée sur la contribution du Ceser « pratiques culturelles et sportives : le numérique, une réponse pour les publics éloignés »

La contribution présentée ce jour « pratiques culturelles et sportives : le numérique, une réponse pour les publics éloignés » fait un état des lieux intéressant sur les politiques de démocratisation de ces pratiques, leurs limites et l’apport possible du numérique.

Elle pointe également les risques et effets du numérique, notamment en matière d’impacts environnementaux, sanitaires et d’accentuation des inégalités.

Après relecture, il nous semble que les préconisations auraient pu être plus disruptives et en tant que membre de la commission nous en prenons notre part.

Les pratiques culturelles et sportives : un enjeu de lien social

L’accès aux pratiques culturelles et sportives pour les personnes isolées : C’est pour nous avant tout un enjeu de lien social, de présence humaine, de moyens financiers, de temps disponible pour les bénévoles et les usagers. Le risque est que le numérique soit encore un prétexte pour les diminuer et d’accentuer ainsi l’isolement.

Alors que le numérique sert souvent d’alibi pour un désengagement toujours croissant des services publics, des suppressions de postes et la désertification des territoires, c’est au contraire vers une remise en cause de cette logique qu’il faut aller. Ce qui est présenté comme inéluctable n’est que le fruit de décisions politiques et économiques faites par des êtres humains. Vouloir à tout prix adapter les citoyens à ces décisions est surtout un refus d’en débattre.

L’humain et non la technique comme priorité budgétaire.

Alors que le numérique dispose de mannes financières toujours plus croissantes, pour mémoire 100 milliards pour le développement de la 5G en Europe, la création du campus régional du numérique, des investissements dans le cper, etc… les budgets cultures et sports sont à la traine, et souvent dirigés vers des évènements ou des équipements prestigieux au détriment des petites structures et des pratiques amateurs, la suppression de 1600 conseillers techniques et sportifs annoncée par le gouvernement au printemps 2019 en est encore un exemple. Les premiers bilans du pass culture, 47 millions prévus, je le rappelle, basée sur une application et un chèque, démontrent par son échec, le besoin essentiel de médiation auprès des jeunes. Pour nous, la première priorité en matière financière devrait aller vers l’humain et non la technique.

Concernant le esport il est très difficile de le considérer comme un sport à part entière du fait qu’il n’y a pas de dépense physique au sens propre du terme. de plus, c’est pour l’instant un milieu très masculin. Enfin, considérant la dépense énergétique et sa contribution au réchauffement global, il vaut mieux monter sur un vélo que pédaler devant un écran.

Enfin, les possibilités offertes par le numérique en terme d’amélioration de la performance, que ce soit par l’analyse des comportements des sportifs, par les données physiologiques, peuvent sembler à première vue positives. Toutefois, sur ce sujet également, le recul est nécessaire , imaginons un instant leur extension dans le domaine professionnel.

Un bilan climatique inquiétant

Alors que le bilan climatique accablant du développement du numérique est de plus en plus partagé et indéniable, c’est à un reflux de son emprise qu’il nous faut réfléchir, et non à son développement à tout crin.

Dernier point, ce sont certes des signaux faibles, mais il nous faut aussi prendre en compte un mouvement naissant de remise en cause de cette virtualisation du monde. L’irruption des gilets jaunes hors des réseaux sociaux vers les ronds points, le malaise exprimé par de plus en plus de jeunes ingénieurs les conduisant à abandonner de prestigieuses carrières, la contestation du modèle portée par des scientifiques comme Aurélien Barreau, Philippe Bihouix ou Jean Marc Jancovici, doivent aussi nous interroger, le fait qu’il soit porté par des scientifiques ou des ingénieurs n’étant pas anodin.

Pour ces raisons, la cgt s’abstiendra sur cet avis.