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La région Auvergne Rhône Alpes vit-elle dans un monde parallèle ?

mercredi 16 octobre 2019
Par Karine Guichard

A lire les orientations budgétaires 2021 pour la Région Auvergne Rhône Alpes, il semble que nous vivons dans un monde sans réchauffement climatique ou crise sociale, un monde où les ressources sont illimitées et les montagnes vouées à accueillir les skieurs du monde entier, un monde où notre région est la plus belle et la plus vertueuse.

Des orientations budgétaires déconnectées des grands enjeux climatiques et sociaux

Les années se suivent et se ressemblent concernant les exercices budgétaires dans notre Région, et nous avons toujours l’impression d’être coincés dans les années 70, âge d’or du béton et du bitume.

Les récents événements climatiques, les perspectives extrêmement inquiétantes à l’horizon 2100 à savoir une hausse des températures de 7 degrés et près de 50% de la population terrestre amenée à disparaitre, mettent en relief les préconisations du rapport du GIEC sur les effets du réchauffement climatiques à 1,5° :
" Limiter les risques de réchauffement planétaire à 1,5 °C dans le contexte du développement durable et de l’éradication de la pauvreté implique des transitions systémiques qui peuvent être rendues possibles par une augmentation des investissements d’adaptation et d’atténuation, des instruments politiques, l’accélération des innovations technologiques et des changements de comportement."

Le Haut conseil au Climat attire l’attention sur la persistance d’investissements massifs dans des secteurs fortement émetteur de gaz à effet de serre : nous ne pouvons que constater cette réalité dans les orientation budgétaires de la région.

Que ce soit les investissements routiers 175 millions d’€ à comparer avec ceux sur les petites lignes ferroviaires de 111 millions, le plan montagne avec le financement de canons à neige, la priorité à la construction de nouveaux équipements, que ce soit au niveau culturel, sportif, touristique, d’aménagement du territoire ou économique, nous restons toujours dans une logique d’accroissement perpétuel avec l’illusion de ressources illimitées.

Nous continuons à nous interroger sur la politique d’investissements de la Région qui poursuit l’équipement sécuritaire dont les caméras vidéo dans les gares : 1850 caméras devant être installées au terme du mandat. L’efficacité de ces mesures n’ayant toujours pas été prouvée de plus, . La récente mobilisation des citoyens sur le ronds-points particulièrement suivi dans notre Région a surtout mis en avant, la nécessité de présence humaine, de lien social. Par ailleurs, la sécurité n’est pas une compétence de la Région mais de l’Etat et du bloc communal.

L’autosatisfaction pour seule prisme

La présentation des orientations budgétaires relève toujours de l’autosatisfaction et la comparaison entre les régions. Il faut être le plus fort et le meilleur dans l’austérité. Dans l’introduction du document, l’exécutif n’hésite pas à mettre en avant la note donnée par Standard and poors AA+ précisant qu’elle est supérieure à celle de l’Etat, ce qui n’est pas possible réglementairement parlant.

En concluant par « une Région au service des territoires et des entreprises, » les habitants n’étant même pas cités.

Ils réapparaissent dans le document avec une équation qui ressemble davantage à un slogan qu’à une vérité arithmétique : 2€ économisé = 1€ réinvesti, 1€ rendu aux habitants. En effet, cet euro étant surtout utilisé pour résorber la dette, quant à l’investissement, il est difficile de cerner les projets ciblés.

Par ailleurs, l’Exécutif n’hésite pas à relayer le rapport de la cour des comptes sur les finances publiques locales 2019 pour appuyer et justifier sa politique budgétaire, n’hésitant pas à n’extraire du documents les chiffres qui l’arrange : ainsi pour la progression de l’investissement, en ne citant que la hausse avec le FEADER pour mettre en avant une hausse de 78,8% alors qu’elle n’st en réalité hors FEADER que de 29%. Les autres recommandations sont passés sous silence : dont celles de détailler le volume des engagements pluri annuels par répartition par politique régionale ou par fonction.

Concernant la baisse des dépenses de fonctionnement dont se glorifie l’exécutif, la formation professionnelle a été une des principales victimes, ses crédits ayant été lourdement amputés (150 millions) depuis 3 exercices. Les orientations budgétaires pour 2020 ne sont guère rassurantes, les salariés et demandeurs d’emploi continueront de faire les frais de cette politique d’austérité. De même nous le répétons, les dépenses de fonctionnement sont des dépenses nécessaires et utiles socialement, que ce soit les dépenses de personnel ou celles des achats publics sans oublier les subventions aux associations, créatrices d’emplois et de réduction des inégalités. Nous ne pouvons que regretter la faiblesse des subventions pour la protection des femmes victimes de violence, alors que 118 hommes ont tué depuis le début de l’année leur compagne ou ex compagne.

Quelle réponse aux défis climatiques et sociaux ?

Nous pouvons aussi également nous interroger sur la politique d’investissement, la prioriser en fonction des exigences écologiques, sociales et non en fonction des demandes diverses et variées émanant des territoires.

Thomas Piketty dans son dernier livre « capital et idéologie » nous précise bien que « l’inégalité n’est pas économique ou technologique, elle est idéologique et politique ».

Dès lors, alors que la Région, en fin de son document, se targue d’émettre des emprunts obligataires à taux zéro, Il est incompréhensible que de vastes plans d’investissement permettant de baisser drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et la pollution ainsi que les inégalités ne soient pas menés alors que les besoins sont immenses.

Dans un contexte européen idéologique de baisse des dépenses publiques, le discours dominant sur la montée de la dette publique fait comme si son origine était évidente : une croissance excessive des dépenses publiques nuisant à la compétitivité internationale, alors que nous le répétons, c’est la dette privée qui implose, celle des ménage comme celle des entreprises, nourrie par une création monétaire excessive et se déversant vers les marchés et les banques. Utiliser cet argent pour le bien commun, permettrait d’alléger les dépenses privées.

La Région aurait pu, grâce au SRADDET, porter des exigences à hauteur des ambitions affichées et surtout des besoins des citoyens, ce n’est hélas qu’un catalogue de bonnes intentions. Les récentes mobilisations des jeunes ont porté un haut niveau d’exigence des politiques publiques sur le climat, ce qui implique des investissements massifs et cohérents. A défaut, l’avenir de nos enfants sera lourdement hypothéqué, le remboursement de la dette pourrait même devenir malheureusement une question subsidiaire et anecdotique.

Nous serons attentifs aux priorités d’investissement qui seront précisées dans le budget primitif, notamment celles liées à l’aménagement du territoire.
Nous voterons l’avis du CESER.