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Intervention du groupe CGT relative au rapport du groupe de travail Hydrogène

mardi 13 novembre 2018
Par Philippe Faure

Fin décembre 2017, le projet « Zéro Emission Valley », porté par la région Auvergne RhoneAlpes, a été retenu dans le cadre d’un appel à projet européen. Doté globalement d’un budget de 1 milliard d’euros, cet appel à projet vise à soutenir « des projets innovants et durables de modernisation des infrastructures de transport en Europe » et contribuer à « la mise en œuvre de la stratégie de mobilité à faible taux d’émission ».

La région a été retenue sur un projet visant à engager le déploiement vers une mobilité « hydrogène », en soutenant l’acquisition d’une première flotte (1 000 véhicules) et l’implantation des premiers dispositifs d’infrastructure (avec 20 stations de recharge et 15 électrolyseurs). Globalement, ce projet disposera d’un budget de 70 m€ sur 10 ans, dont 10 m€ de subvention européenne.

Avec le lancement de ce plan en région, mais aussi avec le foisonnement des annonces autour de l’hydrogène, le Ceser a mobilisé un groupe de travail pour explorer le potentiel :
- de l’hydrogène en tant que vecteur énergétique en questionnant les présentations qui valorise sa disponibilité, son haut pouvoir énergétique et son caractère non polluant, pour en faire l’énergie miracle de l’avenir.
- de la région à devenir un acteur de référence sur la production des équipements nécessaires en mobilisant les acteurs de la recherche et son tissu industriel

Sur ces deux points, le rapport présenté a permis de montrer que l’hydrogène :
- ouvre des perspectives multiples et intéressantes dans les domaines de la mobilité et de l’énergie qui en font une des briques mobilisables pour engager la transition énergétique
- mais, aussi, l’existence de nombreux obstacles restant à lever pour disposer d’une hydrogène à des conditions environnementales et économiques satisfaisantes , passant notamment par la recherche sur les procédés (rendement, matériaux non renouvelables,…) et les process industriel en vue d’obtenir les économies d’échelle nécessaires.

Pour la CGT, le rapport a largement atteint les objectifs d’exploration/vulgarisation que s’était fixé le groupe de travail et nous partageons largement les analyses et recommandations portées dans celui-ci. Nous proposons que ce travail soit poursuivi, avec une orientation plus opérationnelle, mais toujours sous la double approche de l’impératif de la transition énergétique et écologique et de l’objectif de reconquête industrielle, en réponse aux défis environnementaux et aux évolutions des modes de production et de consommation et en s’inscrivant dans la poursuite des pistes ouvertes dans l’avis du CESE : « Industrie : un moteur de croissance et d’avenir », qui a fait l’objet d’une présentation à la section « Industrie » du Ceser Auvergne Rhone-Alpes

Dans la perspective de la poursuite de ce travail sur l’Hydrogène, nous attirons l’attention sur la nécessité de combiner réflexion régionale et recherche de l’échelle pertinente à la mise en œuvre des projets. Sur les plan des ressources humaines, des financements, des marchés (notamment pour faire jouer à la commande publique un rôle d’amorçage), l’échelle pertinente sera plus surement à rechercher au niveau national, voire européen. Et la concurrence entre les territoires, telle qu’elle semble ressortir des certaines communications disponibles, le moyen le plus sûr de se faire dépasser et d’être, à terme, réduit à importer ces équipements.

Les circonstances font que ce rapport sur l’hydrogène, comme nouveau vecteur énergétique, est présenté en plénière alors que la mobilisation des « gilets jaunes » monte en puissance sur les réseaux sociaux, focalisant trop exclusivement le débat sur la question du coût des carburants.

Sans entrer dans un débat sur les éléments conduisant à cette mobilisation et sur les conditions de celle-ci, la CGT entend affirmer que l’on ne réussira pas la « transition énergétique et écologique » sur le dos des moins bien lotis, sans réduire les inégalités, sans garantir les droits fondamentaux, sans des services publics forts, sans mettre au cœur des politiques publiques, de l’aménagement du territoire, des projets de développement, l’humain avant tout.

Car réussir la « transition énergétique et écologique » ne dépendra ni seulement de la réalisation de toutes les promesses de l’hydrogène ou d’autres solutions techniques, ni de la mise en place d’une fiscalité discriminante, comprise comme destinée à compenser les cadeaux fiscaux aux plus riches. Elle passera aussi par une profonde remise en cause de la répartition des richesses crées et des politiques qui continuent de structurer l’espace :
- « gentrification » des centre-ville et rejet de la grande « nébuleuse » des classes moyennes dans les périphéries de plus en plus éloignées (Ce processus notamment été mis en relief dans les travaux de P.Bourdieu .Voir notamment P.Bourdieu : « Les structures sociales de l’économie », Liber, mai 2000),les classes précarisées étant priées de disparaitre dans les interstices
- développement des zones commerciales et industrielles en périphérie des agglomérations, souvent au détriment du foncier agricole
- allongement à l’infini des chaines de valeur à la recherche du moins-disant social, environnemental ou fiscal, conduisant à multiplier les besoins de transport.

Compte-tenu de l’inertie qui découle de structures ainsi mises en place, l’impératif de la « transition énergétique et écologique » doit se construire :
- en apportant des réponses à court terme aux travailleurs-citoyens contraints de prendre son véhicule chaque jour, privés de tous moyens alternatifs pour accéder à leur lieu de travail, qu’ils s’agissent de travailleurs précarisés de l’industrie ou du commerce en horaires décalés ou de salariés de l’aide à la personne pour lesquels les déplacements domicile/travail ne seront jamais choisis et de ménages des « classes moyennes » piégées dans un projet immobilier présenté comme le seul moyen de se constituer un maigre patrimoine
- et en s’inscrivant dans le temps long pour « maîtriser l’avenir de manière partagée, collective et démocratique. Ce processus (devant) aboutir à la mise en œuvre d’une vision stratégique animée par l’intérêt général ,source de responsabilité, de volonté et d’actions politiques pérennes ».