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Ouverture du colloque pour le 60 ème anniversaire de l’institut des études sociales de Grenoble

mercredi 19 septembre 2018
Par Agnès Naton

Agnès Naton, secrétaire générale du comité régional Auvergne Rhône Alpes, a été invitée a introduire le colloque organisé pour les 60 ans de l’institut d’études sociales de Grenoble

Je veux avant tout, exprimer le grand plaisir qui est le mien, de participer à cette journée anniversaire, que nous voulons porteuse de projets d’avenir communs.
Je remercie la direction de l’Institut, Georges Sébastien pour son invitation et l’honneur qu’il me fait, d’ouvrir notre colloque, aux côtés de belles personnes, à parité, universitaires et syndicalistes.

D’emblée, notre journée donne à voir et entre en résonance avec l’œuvre de Marcel David.

Si, une grande majorité de notre auditoire porte en elle, l’histoire des instituts du travail, permettez-moi, néanmoins, de rappeler l’objectif, du professeur de la deuxième chaire d’histoire du droit, lorsqu’il crée l’Institut du Travail de Strasbourg, en 1955.

Il associe les syndicats, dès sa création, à la cogestion, à la coréalisation et la co animation des formations économiques, sociales et syndicales. Et ce, avec un objectif : Construire une alliance entre l’Université et le mouvement ouvrier, car ils sont pour lui « les seules forces sociales capables d’impulser des transformations d’envergure  ».

Son but est de permettre aux syndiqué-es d’avoir accès à des connaissances universitaires dans une démarche de réciprocité, de croisement des savoirs, en conjuguant savoirs académiques et savoirs ouvriers, partages d’expériences, d’engagement. Une réciprocité où chacune, chacun se fait enseigné.
Quelle visée révolutionnaire, d’entrevoir une ère de développement de l’humain, en société, fondée sur sa reconnaissance d’être humain à partir de son expertise du travail, de son expertise citoyenne. Il sait parce qu’il fait et réciproquement il fait parce qu’il sait.

Chaque salarié, en réfléchissant sur sa propre vie, son métier, ses actes et situations de travail, son utilité devient acteur, propriétaire de lui-même dans sa relation à l’autre, au monde.

Reconnaitre à chacun son savoir, sa capacité contributive, s’associer avec eux pour forger le langage de leur propre message, peut être le moyen de penser autrement l’entreprise, le travail, la société et d’anticiper les transformations nécessaires, au service de toutes et de tous.

Pour cela des dynamiques de partage, sont à penser et à inventer à partir des évolutions en cours, dans une pluralité d’apports de pensées et d’action, de savoirs et de connaissances partagés.

Nous voici, au cœur de l’œuvre révolutionnaire de Marcel David.
Je souhaite partager avec vous, dans un premier temps, les liens entre les instituts et la CGT, en Auvergne-Rhône-Alpes. Une région dans laquelle nous avons la chance de compter trois instituts. Et les organisations syndicales fidèles à leur engagement initial, participent à la gouvernance en siègeant dans chaque Conseil d’Administration.

Forts de cette richesse territoriale, le comité régional a mis en place, depuis plusieurs années maintenant, une coordination régionale composée des responsables à la formation des unions départementales. Chaque année, les instituts sont invités à une journée, durant laquelle nous évaluons le travail réalisé ensemble et nous organisons la répartition des moyens des 3 instituts entre les 12 UD aujourd’hui, dans un plan de formation régional élaboré en articulant réponse au des besoins des militant-es et l’offre de formation des instituts.

Face à la nécessité de construire une stratégie syndicale au plus près des réalités de travail, au-delà de la maîtrise et de la mise à jour en droit du travail, ( Et nous pouvons dire qu’en terme de réformes sur le sujet nous avons été gâtés en quelques années) nous avons co construits des modules permettant aux élu-es et mandaté-es d’être en capacité d’être pleinement acteurs sur plusieurs enjeux, en articulant apport théorique, politique et apport pratico-pratique, afin de répondre à la diversité des besoins.

Quelques exemples de modules expérimentés ensemble :

Celui sur les « NAO », pour animer une négociation collective au sein de son entreprise et pour mieux anticiper les mutations économiques, sociales et organisationnelles,

Le module « territoires », utile également pour faire progresser le dialogue social, quel que soit la taille de l’entreprise, mais aussi sur chaque territoire, bassin d’emploi. C’est particulièrement le cas dans les TPE/PME, l’ESS, des nouvelles formes de salariat, l’ubérisation en est un exemple.

C’est cette même démarche qui a animé les formations par filière, autour du lien donneur d’ordre/sous-traitant, les métiers de l’aide à la personne par exemple.
Nous avons su expérimenté également une formation universitaire qualifiante, pour la reconnaissance des savoirs et des savoirs faire des militant-es, les acquis de leur expérience. Quelques camarades ont ainsi pu se réorienter professionnellement.
Je vais très vite, sur les relations au long cours et durables des relations de mon organisation avec les instituts, mais nous considérons ce travailler ensemble précieux et indispensable.

Un travail d’autant plus indispensable dans le contexte que nous connaissons, où le dogme de la pensée unique l’emporte au détriment de la démocratie, du dialogue, de la confrontation des idées, au travail comme dans la cité. Apprendre, comprendre, s’approprier les savoirs pour se forger sa propre réflexion, pour agir sont devenus des points d’appui élémentaires pour être citoyen-ne à part entière. Etre en situation de porter la bataille des mots pour gagner la bataille des idées, et le pouvoir d’agir pour transformer.

La seconde partie de mon intervention est consacrée à questionner l’avenir, car nous sommes les uns et les autres confrontés à des questions nouvelles, pour construire des réponses en matière de formation utiles et correspondants aux besoins de comprendre l’évolution du monde et aux moyens, aux leviers pour le transformer.
Ainsi, les enjeux de mobilité, de logement, de cadre de vie, de santé au travail, de santé publique, et plus généralement de l’aménagement du territoire et de son développement, en incluant les enjeux écologiques sont des questions structurantes pour le monde du travail, le développement des territoires. Les syndiqu-és, les salarié-es doivent s’approprier davantage ces questions, afin de les intégrer davantage dans leurs exigences collectives au travail et sur le territoire, afin de voir satisfaites l’urgence de leurs attentes. Je suggère qu’un travail croisé, y compris avec d’autres acteurs, plus poussé soit engagé, afin d’adapter notre offre de formation aux enjeux d’avenir.

Car le constat est sans nuances : Nous sommes confrontés à de crises plurielles, de plus en plus aigües et d’une violence extrême, causant toujours plus d’inégalités, de misère, d’insécurité.

L’ensemble des valeurs, des repères, socles du vivre ensemble et d’une société solidaire, volent en éclats, au péril de l’avenir de la planète et de l’espèce humaine. Ceux qui s’accordent à organiser la confusion sur les responsabilités, à dénaturer les rapports sociaux, à diviser et opposer les catégories sociales entre elles, font le lit des idées nauséabondes cultivant la division, le rejet de l’autre, le désarroi, la fatalité voir la résignation.

Malgré tout, cette marche forcée, court termiste, au service exclusivement des plus puissants, s’inscrit dans une évolution du monde qui demande non seulement d’appréhender les mutations, les transformations du travail, de l’entreprise, ici et maintenant, mais de les anticiper davantage, afin formuler des propositions, des projets alternatifs pour répondre aux enjeux écologiques, économiques, social et démocratiques et aux besoins humains. Penser et discuter le travail, en luttant contre la dictature du temps et en donnant une place privilégiée au travail réel, aux lieux de travail et à ses acteurs : Les travailleur-euses.

Que faire alors, face à ces bouleversements ? Se soumettre ? Résister ? Rejeter ? Construire des alternatives ? Avec qui ? Pour répondre à quels besoins ? Quel développement, quelle société voulons-nous ?

Sans aveuglement, ni naïveté, fiers de l’héritage de ce qui a fait l’originalité du travail réalisé ensemble durant 60 années, les évolutions et les transformations en cours, nous ouvre l’opportunité de poursuivre ensemble. Oui, nous avons besoin d’une alliance nouvelle de toutes les bonnes volontés, conforme aux urgences à voir, à comprendre les transformations du travail avec ce qu’elles génèrent, en terme d’évolutions des métiers, des compétences, de questionnements sur le sens, la finalité, la qualité du travail, son organisation et la reconnaissance du travail humain.

La mise en place des CSE, comme celle des observatoires départementaux, des commissions paritaires régionales, à l’aune de la loi « Travail » la place nouvelle de l’entreprise dans la négociation collective, et le renforcement de celle de la branche professionnelle, les bouleversements du travail, dans le travail, liés aux nouvelles technologies, mais pas que ! L’évolution de la nature du lien de subordination, les mobilités…pour ne citer que ces quelques exemples, réinterrogent les pratiques de la négociation, nécessitent qu’on s’arrête plus intensément sur la définition du dialogue social, sa finalité, sur la place et la reconnaissance des acteurs syndicaux, et ce dans un moment où le big-bang territorial est loin d’être achevé.

Paulo FREIRE, le pédagogue brésilien, parle de conscientisation. Il entend par-là le processus d’humanisation d’un ouvrier rural brésilien, qui ne sait ni lire, ni écrire, et qui grâce à l’alphabétisation, se met brusquement « à voir » les contradictions sociopolitiques. « Il découvre la pauvreté de sa hutte et la richesse de la demeure du grand propriétaire foncier. Il en est blessé dans sa dignité d’homme et il trouve un nom à sa façon de vivre misérable, à sa faim, à son désespoir  ». Quand, en compagnie de ses frères opprimés, il commence à « lire  » et à « écrire  » la société, elle lui apparaît dans toute son insupportable réalité et il comprend que le fait d’être né esclave n’est pas dû à une inégalité, voire à une anomalie de la nature.

Une nouvelle dimension de l’existence humaine surgit dans ce processus de prise de conscience subjective et dévoile une nouvelle réalité sociale sous forme de « problème social  ». Nous sortons d’un enfermement produit par la conviction que seule, une élite est appelée à conduire les masses.

C’est pourquoi, penser et discuter le travail au quotidien, avec celles et ceux qui savent, est aujourd’hui le cœur de notre démarche syndicale. Une démarche à conduire avec les syndiqué-es et les salarié-es. Notre but : Obtenir la reconnaissance de la valeur humaine dans le procès de travail à l’ère du numérique, à l’entreprise et dans le service public. Selon nous, c’est par la reconquête du travail que nous ouvrirons des possibles, pour que triomphent enfin la justice sociale et la liberté, un développement humain durable.

C’est pour cela que nous attachons tant d’importance à notre coopération, notre travail commun, hier, aujourd’hui et demain.
Je vous remercie pour votre attention


Voir en ligne : Présentation de l’institut de Grenoble