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Intervention Cgt sur les villes moyennes

lundi 11 décembre 2017
Par Philippe Faure

La section « Prospective » s’est saisie du thème « L’avenir des villes moyennes de la région AuvergneRhôneAlpes à horizon 2050 ».

Si le choix de ce thème a pu être rapidement arrêté, cela nous semble résulter de facteurs qui vont bien au-delà des spécificités fortes mises en avant depuis par les travaux de l’Insee :
- sur l’existence d’un maillage urbain dense et très hiérarchisé, qui constitue un trait caractéristique de la région dans une première contribution,
- par les projections démographiques à horizon 2050, dans une deuxième contribution. Celle-ci faisait ressortir des évolutions divergentes entre les principales zones urbaines. Elles conduisaient à s’interroger sur la « soutenabilité économique » de leurs conséquences, entre des aires urbaines dont la population serait stagnante et/ou en faible croissance (Roanne, Macon, Montluçon, Aurillac,…) et aires urbaines en croissance, notamment avec la perspective d’anticiper l’accueil de près de 600 000 nouveaux habitants sur l’aire urbaine de Lyon .D’autant qu’aux facteurs purement quantitatifs, les travaux mettaient aussi l’accent sur l’enjeu « vieillissement ».

Le choix du sujet nous semble donc refléter les interrogations nombreuses, pour partie partagées, quant aux conséquences, sur fonds de désengagement de l’Etat, d’une concentration des moyens sur les métropoles, seul « échelon » qui serait à même de relever les défis de la mondialisation. Et ce, à un moment où les effets de l’insuffisance et de la baisse de l’investissement public, comme privé, se manifeste par un déséquilibre dans l’aménagement du territoire, par l’apparition de nouvelles poches de pauvreté et de désertification.

La « métropole égoïste » est compatible avec « la loi de jungle ».Mais au profit de combien ? A quel prix sur le plan social ? Et avec quelle soutenabilité sur les plans social et environnemental ? La croissance des inégalités sociales est d’ores et déjà bien engagée et elle devrait rester beaucoup plus rapide que les retombées, toujours promises, de la théorie du ruissellement !

Face au « There is no alternative » chère à madame Thatcher ou, encore, à ce « sens commun » qui doit être remis en cause et reconstruit pour redynamiser la démocratie si on préfère se référer à Chantal Mouffe (1), les travaux de la section Prospective ont permis de montrer que les « avenirs possibles » restent multiples et ouverts. Fernand Braudel, cité en conclusion, avait souligné : « La dialectique du temps court et du temps long s’impose lorsqu’il s’agit de phénomènes sociaux. Il n’y a pas de sociétés, en effet, qui ne soit constamment partagée entre des forces qui la maintiennent et des forces subversives, conscientes ou non, qui travaillent à la briser. Et, de ce conflit latent et de longue durée, les explosions révolutionnaires (hier, la révolution industrielle, aujourd’hui, la révolution digitale) ne sont que les manifestations volcaniques brèves et brutales ».

Poser ainsi que ce n’est ni l’intervention divine, ni la « main invisible du marché » qui structure la société sans que l’on puisse peser sur son cours, mais que toute société est un « construit social » a permis de faire entrer une bouffée d’air frais salutaire à un moment où le débat devrait se limiter à un « ni droite/ni gauche » étouffant.

Sans que cela soit en contradiction avec nos propos ci-dessus, et, dans la mesure où les travaux nous invitaient à nous projeter à l’horizon 2050, nous aurions souhaité qu’une place plus importante soit accordée à la « transition énergétique et écologique », enjeu « non optionnel » à cet horizon plutôt que variable parmi les huit retenues. Enjeu qui nécessiterait aussi, pour être surmonté, un « alignement » des scénarios de territoires et des scénarios de contexte autour d’une gouvernance européenne et mondiale profondément renouvelée.

Au regard de ses impacts sur les modes de consommation et de production d’une part, de ses impacts sur la recherche et l’innovation technologique d’autre part, engager et réussir la transition énergétique et écologique impactera nécessairement l’organisation spatiale et sociale de la société, notamment autour de la distribution lieux de vie / lieux de travail/lieu de production (ce dernier point étant compris au sens de lieu où la production des biens nécessaires à une collectivité est réalisé, avec les possibilités de relocalisation résultant de l’innovation technologique et d’une prise en compte des coûts environnementaux des transports).
La perspective d’une consommation combinant une plus forte orientation vers les services et les biens conçus pour être « maintenus », celle d’importants gains de productivité sur les activités productives imposent aussi de penser transition professionnelle, augmentation du temps libre, plein emploi solidaire,….

Autant de paramètres qui ouvrent une combinatoire quasi infinie de possibilités de reconfiguration des espaces de vie, pour repenser le territoire dans son articulation et sa complémentarité, depuis la métropole jusqu’au « rural profond », afin de permettre des choix de vie choisis et non subis, de retrouver le sens du vivre ensemble, plus simplement, de « faire société ».

1 : Chantal Mouffe : L’illusion du consensus, Albin Michel, 2016