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« L ’impact des attaques terroristes sur les travailleurs et la lutte contre la Loi Travail en France ».

lundi 12 septembre 2016
Par Jean-Michel GELATI

L’Assemblée régionale des délégués des Travailleurs de la CGIL à Rogno,Province de Bergame avait pour thème : « Il n’y a pas d’Europe sans démocratie,inclusion des droits,coexistence civile, travail et paix contre le terrorisme ».
A cette occasion, la Cgt est intervenue sur les conséquences sur l’activité syndicale et notamment la lutte contre la loi travail.

Tout d’abord je tiens chaleureusement à vous remercier pour votre invitation. Invitation qui permet à la CGT de Rhône-Alpes d’être aujourd’hui ici parmi vous.
Et dans une Europe, une Italie, une France où les salariés sont bousculés, parfois désorientés, où ils sont socialement agressés et trop souvent en souffrance, où certains même se perdent dans les chimères d’une droite extrême nauséabonde, de tels échanges militants, au-delà de nos frontières respectives sont d’une importance primordiale.

Et c’est dans ce contexte là, qu’il y a eu cette succession d’actes terroristes odieux et anxiogènes en France.

La CGT a reçu des messages de solidarité du monde entier, et celui de la CGIL n’a pas été le moindre !

Au nom de la CGT Rhône-Alpes, je tiens à remercier la CGIL.

Nous apprécions à sa juste valeur la prise de position de votre Secrétaire Générale Suzanna Camusso, dans la lettre qu’elle a adressée aux travailleurs de la CGIL, suite à l’attentat de Nice.

Comme vous pouvez l’imaginer, toutes les organisations de la Cgt, de la Confédération aux Syndicats d’entreprises sont mobilisées et engagées contre ces actes barbares.

Les organisations de la CGT prennent position, condamnent fermement ces actes de violences extrêmes et apportent soutien et solidarité aux victimes.

Alors que la France vit une crise économique, sociale et sociétale rarement égalée, la CGT se fait un devoir avec d’autres de porter haut les valeurs essentielles de notre République : Liberté, Solidarité, Paix, Fraternité, Démocratie, Tolérance. Nous les réaffirmons par conviction bien sûr mais aussi parce qu’elles sont les seules susceptibles de faire reculer la barbarie et les inégalités.

Oui chers camarades, les actes de terrorisme ne peuvent être combattus efficacement que si l’état de droit et les libertés fondamentales sont préservés.

On ne peut pas ,aujourd’hui,faire l’impasse sur les conditions sociales et culturelles qui ont permis l’émergence de ces forces de la terreur ,de ces forces de destruction, quelque chose qui s’apparente au théo fascisme et qui, comme le souligne le Pape François,n’est pas un problème religieux,mas un problème de fascisme.Celui ci se réclame de la religion, sans être forcément du coté religieux.

Il y a une volonté chez les dominants d’imposer une pensée unique sur le postulat qu’il n’y a pas d’autre possibilité de concevoir le rapport aux autres et pas d’autre conception du monde.

Et le gouvernement français par démagogie et populisme, court derrière Sarkozy qui lui même court derrière Le Pen. Ils s’enferment jour après jour dans un tout sécuritaire suicidaire et porteur de la haine de l’autre, qu’il soit musulman ou syndicaliste, qu’il porte haut dans les rues le drapeau de la CGT ou le burkini sur une plage.

La CGT appelle inlassablement les travailleurs à ne pas tomber dans le piège grossier de la division.

Elle réaffirme dans les villes et villages, dans les usines et les bureaux que les idées de l’extrême droite portées malheureusement bien au-delà de ses rangs sont aux antipodes de nos valeurs, de notre « Vivre ensemble » dont la laïcité est l’un des éléments fondateurs.

L’état d’urgence que nous combattons, contestons et qui plombe aujourd’hui notre démocratie est, je le rappelle ici un régime permis par la Constitution mais, qui dans les textes doit être temporaire et d’exception. Force est de constater que François Hollande l’a rendu quasi permanent en France. C’est inacceptable, ce n’est pas cela notre vision de la France , ce n’est pas cela notre idéal en Europe et pour l’Europe !

Giorgio AGAMBEN,votre compatriote,philosophe,très justement déclare que l’état d’urgence n’est pas un bouclier qui protège la démocratie.

Au contraire,il a toujours accompagné les dictatures et a même fourni un cadre légal aux exactions du régime nazi.

La France doit résister à cette politique de la peur.

Cet état d’urgence n’apporte évidemment pas les réponses appropriées et surtout il porte atteinte on ne peut plus gravement aux libertés citoyennes, et notamment aux libertés syndicales :

Vous le savez, nombre de manifestations syndicales ont été interdites ou perturbées par des provocations policières organisées en haut lieu. De nombreux militants, particulièrement de notre CGT ont été agressés ou victimes d’arrestations et de condamnations arbitraires.

Les attaques contre la Cgt se multiplient : criminalisation de l’action syndicale, répression féroce contre des dizaines de militants de la CGT : les exemples sont multiples en France, et notre Région Rhône-Alpes ne fait pas exception !

Si vous entendez parler de « Dialogue Social » en France, ne vous méprenez pas, derrière cette expression , il y a aujourd’hui mépris et agression du salariat, et il y a sourire et cadeaux au patronat.

Mais la CGT ne se laissera pas intimider ! La Cgt condamne et condamnera toutes les formes de répression, condamne et condamnera tout ce qui vise à museler la moindre contestation et elle engagera toutes les batailles et procédures qui s’imposent.

Elle demande par exemple l’ouverture d’une enquête parlementaire concernant les graves incidents, provocations et agressions qu’il y a eu lors des manifestations, elle demande la suppression du fichage ADN et une loi d’amnistie pour les militants syndicaux,( qui eux ne sont pas des terroristes !) et la protection des libertés syndicales.

Notre combat est universel,c’est le votre, c’est le combat pour la justice sociale qui fera reculer les guerres, le terrorisme, le fondamentalisme, l’obscurantisme et la régression.

Et c’est dans ce contexte pesant, liberticide et anxiogène qu’est imposé la « Loi Travail »

La rentrée sociale et les jours à venir seront dans la continuité de ce que nous avons porté pendant tout le printemps.
Nous continuerons à combattre cette loi qui n’est bonne ni pour les salariés ni pour l’économie du pays. Seul le MEDEF, le patronat a du mal à cacher sa satisfaction !

Alors que le chômage et la précarité augmentent, cette loi en affaiblissant les conventions collectives et les lois sociales, accroît la concurrence en poussant toujours plus loin le « moins disant social ».
En remettant en cause nombre d’acquis sociaux historiques, elle est un accélérateur de dumping social, de flexibilité et de précarité.

De plus, et la CGT l’a clairement démontré, cette loi contrevient aux conventions de l’Organisation Internationale du Travail et elle viole le Pacte des Nations Unies relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Rien que cela !

Le gouvernement français, répondant après d’autres aux injonctions de Bruxelles, fait le choix coupable, suicidaire et irresponsable du passage en force ; passage en force contre l’avis de sa majorité, contre l’avis majoritaire des syndicats de salariés, d’étudiants et de lycéens, et contre le peuple de France qui avec une grande constance depuis des mois rejette cette loi à plus de 70%.

Tous les pays qui ont fait l’expérience d’une telle réforme du droit du travail (vous en Italie, mais aussi Espagne, Grèce, Portugal, Allemagne, … ) en mesurent aujourd’hui les conséquences néfastes .

Depuis 5 mois, nous faisons front, dans une unité syndicale… certes pas totale mais qui tient bon, et c’est remarquable !
- De nombreuses grèves avec 12 journées d’actions et de manifestations notamment le 14 Juin à Paris avec 1,2 million de manifestants.
- Une votation citoyenne de plus de 1 million de français en seulement 4 semaines.
- Durant tout l’été un Tour de France Social CGT avec 100 étapes dans 75 départements, avec en plus une participation militante au Tour de France cycliste et de nombreuses opérations « péage gratuit pour les automobilistes » au moment des départs en vacances..
- Les salariés en vacances ont envoyé des dizaines de milliers de cartes postales au Président de la République, pour lui rappeler qu’ils seront présents à la rentrée, avec le mot d’ordre : « On ne lâche rien ! ».
- Le 7 septembre dernier , un important meeting a réuni de très nombreux militants à Nantes avec la présence des premiers dirigeants confédéraux unis dans la lutte conte la Loi Travail.
- Et une nouvelle grande journée nationale d’actions unitaires est en très bonne préparation pour le 15 Septembre…

Toutes ces initiatives renforcent l’idée que nous pouvons gagner. Et la solidarité internationale, et votre solidarité CGIL est un des éléments de cette victoire toujours possible.

La loi a été votée, mais elle n’est pas encore appliquée. Nous rappelons qu’il y a 10 ans, en 2006, une loi sur l’instauration d’un salaire au rabais pour les jeunes a été promulguée : et le gouvernement a été obligé de la retirer face au mouvement social !
Une loi peut donc être votée et ne pas être appliquée !

Alors que l’on fête en France, le 80e anniversaire du Front Populaire ,1936,qui a conquis les congés payés et les conventions collectives, la lutte est plus que jamais à l’ordre du jour pour résister aux remises en cause de nos acquis, mais aussi pour passer résolument à l’offensive pour construire en France le code du travail du XXIe siècle !

Ce code du travail du XXIe siècle doit être caractérisé, non pas par une liquidation des droits, mais au contraire par un renforcement des garanties collectives des salariés.

Et nos propositions sont de plus en plus partagées par les salariés :
- A contre courant des pressions pour remettre en cause les 35h , la CGT avance la réduction du temps de travail à 32 heures par semaine et à partir de là toutes les autres revendications sur les salaires, les qualifications, la protection sociale...
- En prolongement, la CGT propose de construire une nouvelle et véritable sécurité sociale professionnelle garantissant un nouveau statut du travail salarié, avec maintien des garanties collectives tout au long de la carrière professionnelle.

Ces propositions novatrices, comme celles portées en 1936, ne sont pas utopiques, elles sont justes, modernes, efficaces donc révolutionnaires !

Ensemble nous allons gagner !

Merci pour votre attention et
Plein succès à vos initiatives et luttes !

Vive la CGT !
Vive la CGIL !