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Cycle régional de formation "anticipation des mutations socio-économiques"

lundi 11 juillet 2016
Par Sylvain Vatan

Le comité régional CGT a été à l’initiative d’un cycle de formation à destination des principaux syndicalistes animateurs des territoires et des branches professionnelles au cours de l’année 2015. Il a été financé avec le concours du Conseil régional Rhône-Alpes et l’Adees Rhône-Alpes en a été le maître d’œuvre.

Ce cycle de réflexion s’est déroulé sur trois sessions de deux jours de formation, faisant intervenir des syndicalistes CGT, les chercheurs de l’Adees et des enseignants-chercheurs. Deux journées préparatoires ont eu lieu en Savoie (6 janvier 2015) et dans la Loire (22 janvier 2015) afin de présenter le cycle devant les commissions exécutives de ces deux Unions départementales. Un séminaire de clôture s’est tenu le 10 février 2016.

1ère session, 10 et 11 mars 2015 : « Quelles mutations productives pour quelles transformations économiques, sociales et environnementales »
2ème session, 16 et 17 juin 2015 : « Des mutations productives aux transformations du travail »
3ème session, 4 et 5 novembre 2015 : « La démarche syndicale travail-emploi-formation dans les entreprises et les territoires »

Les deux premières sessions ont cherché à apporter, à l’aide de ressources syndicales et d’apports extérieurs, des éléments de réflexion et à sensibiliser les équipes syndicales aux principales formes et aux principaux enjeux des mutations socio-économiques actuelles. La dernière session visait quant à elle à produire un document concernant la démarche syndicale d’anticipation sur les questions d’emploi et de formation. Ce document, préparé par un groupe de travail, a été discuté et amendé lors d’un séminaire de clôture.

Intervenants extérieurs : Jean-Marie Harribey (Professeur agrégé de sciences économiques et sociales, ancien Maître de conférences à l’Université Bordeaux 4, Co-président d’ATTAC-France 2006-2009), Éric Canobbio (Maître de conférences à l’université Paris VIII), Philippe Davezies (Enseignant-chercheur en médecine et santé au travail, Université Claude Bernard Lyon 1), Bertrand Jacquier (Consultant APEX-ISAST)
Chercheurs Adees Rhône-Alpes : Jacques Perrat, Sylvain Vatan
Intervenants CGT : Nadia Salhi (STMicroelectronics), Didier Marchand (Centre hospitalier de Roanne), Éric Chalaye (CNR), Jean-Pierre Sotura (Responsable collectif confédéral développement durable), Pierre-Germain Bonne (Secrétaire général UL Grenoble), Laurence Margerit (CGT-Métropole de Lyon), Bernard Grand (USTM), Patrick le Gall (UD Savoie), Christophe Rigolet (Pôle Travail-Santé Comité Régional CGT Rhône Alpes), David Boisset (Flakt-Solyvent), David Grenard (Promens), Paul Desaigue (IBM), Stéphane Bochard (Pôle emploi-formation Comité Régional CGT).

Le programme complet des journées de formation et les supports de présentation figurent en annexe.

Principaux éléments de synthèse des trois sessions

1ère session :

La première session était axée sur la question des mutations socio-productives en lien avec les évolutions économiques, sociales et environnementales. L’intervention de Jean-Marie Harribey est venue resituer le contexte de crise du capitalisme en reprécisant un certain nombre d’éléments concernant la distinction entre la valeur économique et les valeurs d’usage. Ces éléments d’économie politique permettent de mieux appréhender les ressorts de la crise économique et écologique.

Jacques Perrat est intervenu sur les enjeux socio-économiques des politiques d’innovation en revenant sur des notions essentielles concernant l’innovation, les dispositifs institutionnels censés la valoriser, les liens qui l’articulent à la production et à la recherche et au développement, et la nécessaire maîtrise syndicales de ces questions.

Éric Canobbio est revenu sur le contexte de métropolisation et de régionalisation qui transforme profondément l’organisation des lieux de vie et de production dans les territoires. Il a rappelé que cette forme de territorialisation s’inscrit dans un long processus d’évolution des politiques publiques d’aménagement du territoire, structuré par le modèle européen du « polycentrisme maillé » qui est la forme d’intégration économique, politique et géographiques des territoires dans l’espace européen.

Jean-Pierre Sotura est revenu sur le travail confédéral initié par la CGT autour du développement humain durable et l’intégration de cet objectif au sein des repères revendicatifs de la CGT. Il a présenté l’opportunité du développement durable en termes de syndicalisation et la nécessaire implication du syndicalisme dans les espaces de dialogue et de négociation concernant le développement durable, l’enjeu étant de faire entrer les problématiques du travail et de l’emploi dans les questions environnementales. Ces interventions ont été débattues et approfondies dans le cadre d’ateliers de travail et de réflexion faisant intervenir des témoins CGT.

2ème session :

La deuxième session était centrée sur la question des mutations productives et des transformations du travail concret. Elle a permis de mettre à disposition des syndicalistes différentes contributions portant sur l’évolution des organisations du travail et la façon de les analyser.

Philippe Davezies est revenu sur l’importance de remettre le travail au cœur de la démarche syndicale. En posant le constat d’une tension de plus en plus importante entre la logique gestionnaire d’un côté et les exigences posées par la réalité de l’activité de travail de l’autre, il a montré combien l’analyse minutieuse du travail et des difficultés posées aux salariés était précieuse. Il a insisté sur la nécessité pour les syndicats de créer des espaces collectifs d’analyse et d’élaboration des activités de travail, contribuant non seulement à produire de l’information et de l’analyse mais également à construire des représentations et des définitions collectives du travail.

A partir de différentes méthodes, Christophe Rigolet a proposé dans son intervention des outils opérationnels pour mettre en œuvre l’analyse des situations de travail dans les syndicats d’entreprise, en insistant sur les avantages et limites de ces différents outils.

Sylvain Vatan est revenu sur les notions de rationalisation et d’efficacité afin de montrer que si la rationalisation de type industrielle était devenue hégémonique, elle n’est qu’une forme spécifique de la rationalisation. Cette forme, caractéristique de l’essor du capitalisme industriel et fondée sur la nomenclature des tâches et le contrôle des travailleurs, se répand peu à peu dans l’ensemble des organisations du travail en lieu et place de la rationalisation de type professionnelle, fondée quant à elle sur les qualifications et l’autonomie des travailleurs. Bertrand Jacquier a montré dans son intervention autour du lean que l’ensemble de ces méthodes contemporaines de gestion et de production n’étaient finalement qu’une forme moderne de taylorisme. En détaillant et en illustrant les méthodes qui s’y rattachent, il a insisté sur le fait que l’enrôlement des salariés dans les processus de réorganisation du travail, caractéristique de ce néo-taylorisme, ne transforme pas les fondamentaux de l’organisation taylorienne (compression des temps) et ses effets néfastes sur les salariés. Ces interventions ont été approfondies dans le cadre d’ateliers de travail et d’expérimentations d’analyse des situations de travail.

3ème session :

Le format de la troisième session a laissé beaucoup plus de place au débat et à la production d’éléments pour la construction d’une démarche travail-emploi-formation.

Jacques Perrat est revenu sur la distinction entre les dimensions matérielle et institutionnelle du travail, rappelant que, d’une façon générale, le travail renvoie à la dimension matérielle lorsque l’emploi renvoie à la dimension institutionnelle. Il a insisté sur l’articulation nécessaire entre les deux et sur l’importance d’analyser les mutations socio-productives dans leurs effets tant du point de vue matériel qu’institutionnel. À partir de cette grille d’analyse, il est revenu sur la façon d’appréhender les évolutions récentes des politiques d’emploi-formation et notamment leur territorialisation.

Paul Desaigue a présenté les grandes lignes de l’évolution des politiques d’emploi-formation au cours des dernières années tandis que Stéphane Bochard est revenu sur l’articulation d’une démarche syndicale travail-emploi-formation avec les instances territoriales emploi-formation telles qu’elles existent dans la région Rhône-Alpes. Ces interventions d’introduction ont servi de repères communs à la tenue de débats collectifs autour de l’élaboration d’une démarche travail-emploi-formation à promouvoir dans les entreprises et les territoires.