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Conférence régionale des Unions Locales 2 et 3 mars 2016 -Les Unions locales, toute une histoire

vendredi 25 mars 2016
Par Roger Gay

La structuration en perpétuel questionnement

Le visionnage de la vidéo nous amène quelques questionnements qui pour nombre d’entre eux sont encore aujourd’hui au cœur des débats et préoccupations.

Cette évocation des étapes de la construction des structures de la CGT pose la question des objectifs, des besoins auxquels elles doivent répondre, quelles sont leurs fonctions et surtout comment elles sont en prise avec la réalité et le vécu du monde du travail.

Certes le mode d’organisation témoigne des objectifs poursuivis, mais entre les intentions et la pratique toute notre histoire tend à nous montrer que ce n’est pas toujours simple, ni évident.

Vouloir dans les textes toujours plus de vie démocratique peut se traduire de façon très différente selon les origines, les appartenances philosophiques ou politiques des différents acteurs. Ainsi l’idée de décentralisation peut se voir accompagnée d’un renforcement du pouvoir central et qu’à certains moments il peut y avoir antinomie entre les besoins exprimés à la base au niveau local et les décisions nationales.

Par l’analyse des pratiques et les niveaux d’intervention des adhérents ou militants dans la prise des décisions, on peut à la fois mesurer les potentialités et les limites et pourquoi pas les perversions de la vie démocratique réelle.

Le film montre bien que tous ces questionnements, ces tâtonnements, les affrontements ont été des éléments constructeurs qui nous ont amené jusqu’à la CGT d’aujourd’hui.

On constate que les modes d’élection, de représentation, de relation entre les différents organismes ont eux aussi subit nombre d’évolutions.

Aujourd’hui on observe que les organisations qui constituent la confédération ne recouvrent plus les mêmes réalités qu’hier.

Et si les valeurs portées par l’organisation et partagées par les adhérents (justice sociale, progrès, paix, démocratie, solidarité, internationalisme .etc..) constituent un élément de la cohérence et des orientations de la CGT...elles ne suffisent pas à elles seules à assurer la cohérence.

Enfin il ne faut pas perdre de vue que c’est le syndicat de base qui légitime tout l’édifice. Historiquement la CGT s’est construite par le bas, mais très vite on s’aperçoit que c’est souvent du haut que viennent les propositions.

Une naissance laborieuse des unions départementales en Rhône Alpes

Après ces quelques remarques préliminaires essayons de regarder (rapidement) les évolutions de ces 120 années au prisme de notre région et de ses territoires.

Au lendemain du congrès de Limoges en 1895 la situation n’est pas aussi idyllique qu’on le voudrait... le syndicalisme est morcelé, pour ne pas dire marqué par des divisions, et le corporatisme pèse encore lourdement sur le monde du travail.

Beaucoup de chambres syndicales ont une vie éphémère et auront du mal à organiser l’action car confrontées à une situation dominée par l’évolution industrielle et l’arrivée d’usines et de fabriques devenant des concentrations de travailleurs.

Mais la jeune et encore frêle CGT se nourrira de tout cela pour installer progressivement son autorité et construire son organisation. Mais il faudra attendre les premières années du 20e siècle pour qu’elle réalise sa structuration en paraissant moins éloignée du monde du travail.

Mais on constate que l’adhésion à la confédération se traduisait plus par l’adoption et le partage de thèmes ou de mots d’ordres que par une affiliation réelle, les textes et débats des congrès en portent l’empreinte.

Si on regarde notre région Rhône-Alpes la naissance des UD va être laborieuse et vécue comme étant la création de structures pour être le refuge de militants souvent anarchistes et écartés des Bourses du Travail.

La première UD qui se mettra en place sera celle du Rhône en 1907 et elle est en concurrence avec la Bourse du Travail de Lyon, mais elle va progressivement n’être en fait qu’une union locale de l’agglomération Lyonnaise.

Ensuite, parce que les réalités territoriales s’imposent, elle va étendre son activité à la partie de l’Ain proche et au Bas Dauphiné.

A cette même époque il y aura une fédération interdépartementale des deux Savoie, et l’Ain s’organisera avec la Franche-Comté

L’Isère quant à elle s’étendra vers les Hautes-Alpes. .. Puis ce sera 1911 pour la Loire et en 1912 un regroupement syndical avec la création d’une union Drôme-Ardèche.

Mais toutes auront du mal à rassembler les organisations syndicales existantes sur leurs territoires respectifs.

En fait elles apparaissent comme éloignées des questions corporatives et des revendications de l’immédiat et surtout elles sont peu en prise avec les réalités locales.

Mais ces difficultés sont en réalité le résultat d’une organisation qui se cherche, qui se construit et essaye de se rassembler.

Il est toutefois important de rappeler cette volonté (même si cela a du mal à se réaliser) "d’être au plus près", dans l’entreprise, mais aussi dans le territoire, la ville ou le département.

C’est à la suite de la scission de 1922 que deux conceptions du syndicalisme vont apparaitre entre la CGT et la CGTU

La CGT entre les deux guerres va enlever l’autonomie aux Unions départementales qui deviennent de simples relais pour appliquer les décisions confédérales, avec à leur tête des hommes dans la ligne du Secrétaire Général et du bureau confédéral. La CGT a, à cette époque, axe son activité autour de sa volonté d’être présentes dans les institutions.

La CGTU qui a tenu son congrès fondateur dans notre région à Saint Etienne, a pour sa part une autre conception de l’organisation du syndicalisme, basée sur la lutte révolutionnaire en opposition au réformisme des confédérés.

Elle sera attentive aux composantes de la classe ouvrière, par exemple elle créera une commission de propagande féminine dont une des premières responsables confédérales sera la Haute Savoyarde Lucie Collard.

C’est la CGTU qui va instaurer à côté des fédérations et des Unions départementales, des Unions locales et des Unions régionales. Mais ces dernières seront en fait des organismes essentiellement axés sur la propagande.

Lors du congrès d’unité de 1936 ce sont les conceptions d’organisations de la CGT - réformiste qui globalement prévaudront.

Les Unitaires ont alors mis en avant la nécessité de l’unité et se sont inscrits dans la démarche. Leur position et leur conception du syndicalisme gagnera petit à petit jusqu’à devenir majoritaire au lendemain de la guerre. A la Libération le rapport des forces s’est inversé. Et deux dirigeants issus de notre région Benoit Frachon (Unitaire) et Louis Saillant (Réformiste) se retrouveront au sein de la direction de cette "nouvelle CGT".

Dans notre région la réunification se réalise. Par exemple dans l’Ain, séparé du Jura, c’est un unitaire qui devient secrétaire de la nouvelle UD, dans l’UD de Drôme-Ardèche ce sera Saillant -le Confédéré- puis l’Unitaire Charles Doucet (dans cette UD les UL tiendront une place importante liée à la diversité des situations géographiques mais aussi des traditions de luttes avec notamment Romans et Annonay)

L’Isère sera parmi les premières UD à se réunifier en décembre 1935, la Loire le fera début 1936 comme le Rhône, la Savoie et la Haute Savoie.

Mais ce courant unitaire, avec une CGT réunifiée et renforcée, va contribuer à la naissance de nombreuses Unions Locales alimentées par la poussée d’adhésions de 1936 et de plus en plus elles vont jouer le rôle de l’organisation de proximité en lien avec les syndicats et sections syndicales de leur localité ou d’un groupe de localités.

Une nouvelle organisation après la guerre

Après la guerre et la lutte clandestine, à la Libération la CGT a su s’adapter et s’organiser en fonction de l’évolution de la société et des transformations qu’a connues le salariat, de sa modification, les nouvelles implantations dans les territoires qui souvent dépassent les frontières administratives traditionnelles.

C’est en 1951 que sous l’impulsion de Benoit Frachon, le rôle des Unions départementales est confirmé dans leur responsabilité de" l’essor de la CGT". A cette époque les Unions locales qui ne sont encore que des relais des Unions départementales, prendront peu à peu leur place dans cette construction de "l’essor de la CGT".

En fait il faudra attendre 1969 pour que l’autonomie territoriale des UD et donc des UL soit effective.

Les statuts adoptés au 37e congrès vont intégrer cette nouvelle réalité que sont les régions en leur reconnaissant un rôle de coordination et par la suite à partir de 1970 une réflexion sur " le glissement de l’activité CGT vers l’interprofessionnel" est lancé mais ce débat stagne depuis 1980.

En 1995 le rôle des Unions locales et des syndicats sera valorisé, par exemple la cotisation à l’UL devient alors obligatoire

Ainsi des expériences sont menées, elles se veulent porteuses d’une efficacité syndicale...au fil des temps l’organisation interprofessionnelle de proximité qu’est l’union locale assoit son rôle et tient compte des évolutions du monde du travail dans sa composition, mais aussi dans ses réalités géographiques.

L’histoire ne se répètent pas, mais elle est porteuse d’expérience, d’avancées et aussi d’échecs c’est pour cela que dans la réflexion d’aujourd’hui, la connaissance du chemin accompli avec ses succès, mais aussi ses échecs est importante.

En tout état de cause l’enseignement que nous pouvons en tirer c’est que l’évolution des structures est toujours liée à une action volontaire s’appuyant sur une réflexion basée sur l’expérience.

Alors ces UL dont il faut sans cesse resituer le rôle et la territorialité, n’sont-elles pas toujours plus pour but d’ouvrir la voie pour l’émancipation et la défense des droits des travailleurs.

Ce regard rapide sur cette histoire, démontre que des débats complexes ont marqué l’aventure CGT, que ces débats continuent d’exister et que cette conférence régionale des UL contribue à notre histoire syndicale.

Une histoire avec au cœur : des femmes et des hommes toujours en prise avec les réalités de leur moment ! Car eux seuls peuvent être acteurs.

Et la question fondamentale posée par-delà les modes de vie internes, est sans doute celle de la qualité de la démocratie syndicale globalement mise en œuvre.


Voir en ligne : Les structures de la Cgt : toute une histoire